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Amadou Thiam, homme d’affaires : “Moi, ex-sénateur et entrepreneur culturel”
Amadou Thiam
est connu pour avoir été sénateur des Sénégalais de l'Extérieur en 1999. Cet homme
d’affaires est allé pour la première fois aux USA à l’âge de 19 ans. Lui qui s’investit
dans le show-business vit, depuis 26 ans, entre les Etats-Unis, le Japon et le
Sénégal. Le public dakarois l’a récemment découvert sous un nouveau jour : la
sponsorisation de l'exposition d'œuvres d'art du peintre sénégalais Sadia.
A part vos activités dans le show-biz, on a comme l’impression qu’à travers la sponsorisation de l’expo de Sadia, vous ajoutez une nouvelle corde à votre arc...
— Il y avait bien sûr le sénateur Amadou Thiam, mais aussi l'homme d'affaires.
Ce sont deux entités différentes. Pour mieux comprendre mon implication dans
le milieu culturel, il faut se référer à l'itinéraire qui m'a mené aux Etats-Unis
où j’ai vécu pendant 26 années, ainsi qu'au Japon pour une partie de ce temps.
Il est vrai que mes activités dans le monde des affaires, mes voyages et mes
contacts m'ont apporté une expérience que je veux valoriser à la faveur des
opportunités qu'offre la mondialisation. En revenant au Sénégal à la faveur
de mon élection au Sénat (une institution qui a été dissoute), j'ai décidé de
m'impliquer dans les arts plastiques. Cependant, c'est la découverte des peintures
de Sadia qui m'a donné l'opportunité de m'investir dans ce domaine dont j'avais
jusqu'ici fait une passion personnelle en collectionnant des œuvres d'art.
Autant que je le pourrais, j’accompagnerais l'éclosion des artistes pour la promotion de la culture sénégalaise. Le secteur privé est l’un des moteurs de la croissance économique et du développement. L’autre raison qui me pousse à m'investir dans le domaine artistique, c'est l'essor de la communication et des nouvelles technologies. J'ai créé, en 1997, le site Internet Touba.com. Je suis de la confrérie tidjane, mais le choix de ce nom de domaine vient de la volonté d'utiliser la notoriété de cette ville du Sénégal. Le site propose des centaines de pages sur notre pays et m'a donc permis de proposer les œuvres de Sadia qui étaient également sur Sentoo.sn. Je crois qu'une partie du succès de sa récente exposition est redevable aussi, en plus du talent de l'artiste, à une bonne médiatisation. Je crois, au-delà de ces considérations, que j'ai trouvé une passion à nourrir avec les arts plastiques.
Aujourd'hui, les structures permettent la réussite de telles opérations. Il y a plus d'espoir pour que la fiscalité soit revue en faveur des initiatives culturelles. Personnellement, je crois qu'il serait facile de faire de Dakar, Saint-Louis ou Ziguinchor, des réceptacles de grandes activités culturelles avec l'appui des ministères du Tourisme, de la Jeunesse et du secteur privé. En tout cas, je reste convaincu que la culture est un excellent moyen de développement, en particulier pour la communication avec l'extérieur ”.
Votre entrée dans le monde artistique s’est faite par le canal des chanteurs et des musiciens. Cela remonte-t-il à votre itinéraire aux Etats-Unis ?
— Je disais tantôt que j'ai vécu 26 ans aux Etats-Unis. J'y suis allé à l'âge
de 18 ans lorsque la Délégation Générale au Tourisme, à l'époque, m'avait invité
à participer à l'ouverture du Bureau du Tourisme sénégalais à New York. Il faut
dire que je m'étais fait une petite notoriété en travaillant au moins deux ans
comme guide touristique et interprète. L'ambassade américaine faisait parfois
appel à moi pour de l'interprétariat, par exemple lors d’une rencontre internationale
sur l'étude de la désertification, le "Global atlantic tropical experiment".
A cette occasion, des journaux américains, dont le “ New York Times ”, avaient fait des reportages sur moi. Je faisais aussi de l'interprétariat pour de grandes vedettes américaines de passage à Dakar : David Brunkley de la Télévision américaine, les artistes James Brown, Jackson Five, BB King, le chanteur nigérian King Sunny Ade, etc. En fait, quant le Délégué Général au Tourisme avait fait appel à moi, j'avais accepté en pensant poursuivre en même temps mes études aux Etats-Unis. J'y ai ainsi fait des études en marketing, un "Business administration" et une spécialisation en "Management" avant d'entreprendre une étude de la littérature américaine. Voilà pour mon parcours académique.
J’ai également eu l'avantage de connaître, en ce temps-là, un certain Johnny Secka (mort à 32 ans aux USA), un Sénégalais très dynamique qui évoluait dans le show-business et qui était là-bas une véritable vedette. Je l'avais rencontré à Dakar et lorsque nous nous sommes retrouvés aux Etats-Unis, il m'a fait connaître du beau monde. Cela m'a ouvert des portes dans ce milieu, notamment dans les maisons de production comme CBS Records, Columbia, etc. J'étais invité dans les concerts, lors des lancements de disques et c’est ainsi que j'ai pu m'inscrire dans les activités du show-business. J'ai eu la chance de faire la connaissance d’Abdoulaye Soumaré, un Sénégalais qui travaille comme ingénieur du son avec Stevie Wonder et ce fut une opportunité de rencontrer cette star américaine et même d'enregistrer avec lui pour son album "The Secret life of plant" dont j'ai écrit, en Français, l'une des chansons intitulée "Send one your love" ”.
Malgré l'expérience américaine, vos tentatives dans la production de concerts au Sénégal, ces dernières années, n'a pas été concluante. Vous êtes-vous assagi depuis ?
— J'ai fait un peu de marketing en travaillant dans la production et la promotion d'événements, mais mon implication était plus directe dans le milieu des musiciens et des chanteurs. Je peux dire que ce sont mes activités de promotion au Bureau du Tourisme qui m'ont permis de rencontrer et d'aider des artistes sénégalais comme Youssou Ndour ou Baaba Maal de passage tant à New York qu'au Japon. J'ai également produit Maas Kool, un chanteur Sénégalais vivant aux Etats-Unis. En fait, mon implication dans le show-business au Sénégal date de 1981 avec la venue à Dakar de Burning Spear.
En 1997, je voulais faire jouer Shaba Ranks, mais il y a eu pas mal de difficultés et finalement j'ai fait venir Patra, une chanteuse de raggamuffin. Il est vrai que si les mélomanes ont eu satisfaction, par contre, sur le plan financier, ça n'a pas marché parce que les sponsors n'ont pas répondu. C'était une opération énorme avec 27 artistes de la Jamaïque et des Etats-Unis, avec des cachets énormes. Je me suis rendu compte des difficultés d'organisation, des problèmes de fiscalité. J'étais un peu novice en la matière et toutes ces difficultés m'ont découragé pour l'organisation d’autres grands concerts ”.
Est-ce que le fait de vous investir dans les activités nationales signifie un retour définitif au pays ?
— Je pense que j'ai déjà effectué mon retour, même si je réside aux Etats-Unis et que ma femme et ma fille, elles, vivent au Japon. Je crois sincèrement que tous les Sénégalais de l'extérieur veulent et doivent revenir au pays, avec des idées généreuses et viables d'investissement. J'essaie d'être assez régulier à Dakar depuis 1999 et de m'impliquer dans le tissu économique. J'ai récemment réédité un livre de mon père, Mouhamadou Makhtar Thiam, qui avait publié, en 1964 : “ Islam et pratiques cultuelles ”. Actuellement, j'ai lancé une chaîne de centres de loisir et de jeux vidéo à travers le pays car j'ai constaté que cela passionne les jeunes et les moins jeunes dans toutes les grandes villes du monde. Cela permet des distractions saines et, pour moi, un moyen de créer des emplois, de manager une entreprise ”.
Aux Etats-Unis, vous vivez à Beverly Hills, une localité presque mythique qui fait référence à une certaine réussite sociale. Quel concours de circonstance vous a amené à y vivre ? — Vivre dans un tel lieu n'a en fait rien de très singulier. Il y a un grand nombre de Sénégalais, des cadres dans de grandes sociétés, qui ont réussi et vivent bien leur "rêve américain". Il y a aussi des "Modou Modou" (les célèbres marchands et taximen Sénégalais) qui ont tiré leur épingle du jeu et qui, eux aussi, vivent leur "american dream". Malheureusement, certains n'ont pas réussi leur insertion dans la vie économique et sociale. Vivre aux Etats-Unis, c'est bien possible pour celui qui est concentré et sérieux dans ce qu'il fait. En ce moment, je suis membre d’un syndicat d’acteurs américains.
J'ai fait de nombreux films pour le doublage des voix. Des films américains, japonais, portugais, français, et en wolof des films africains en particulier. J'ai travaillé avec de grands studios comme Disney, Twenty Century Fox, NBC, etc. J'ai également fait la série de télévision "X File". Cette activité est attrayante et je suis arrivé assez naturellement dans ce secteur avec de nombreuses connaissances dans le milieu artistique. Par ailleurs, je mène des activités de production tant au Sénégal qu'à Los Angeles. Nous sommes dans la promotion de spectacles en collaboration avec Abdoulaye Soumaré dont j'ai parlé tout à l’heure. Nous avons pas mal de projets à mettre en œuvre.
Comment aviez-vous accueilli votre élection au Sénat et la suppression de cette institution ? — C'était effectivement une victoire puisque nous avions battu campagne après la réunion du Conseil Supérieur des Sénégalais de l'Extérieur. Il a fallu s'investir dans ce but et j'ai commencé à prendre mes contacts à partir de Los Angeles. J'ai voyagé pour rencontrer différentes associations de Sénégalais aux Etats-Unis. J'avais obtenu, à l'époque, 100 % à Los Angeles. Sur toute l'étendue des Etats-Unis, j'ai eu trois postes de délégués sur cinq. Il faut considérer ces résultats en tenant compte des quelque 40.000 Sénégalais de New York et des 1.000 autres de Los Angeles. C'est sur la base de ces résultats que j'ai été élu au Conseil des Sénégalais de l'Extérieur et non pas pour une quelconque appartenance politique. Le problème aujourd'hui n'est pas de considérer que cette institution soit supprimée ; c'était une promesse électorale qui a été tenue sur la base de son coût de fonctionnement exorbitant alors qu'il existe d'autres priorités. Je dois dire que mon point de vue est que tout ce qui renforce la démocratie est bon.
Par ailleurs, je pense qu'il y a encore beaucoup à faire pour les Sénégalais de l'extérieur. Il y a eu des symposiums à Dakar et des recommandations, mais à ce jour nous attendons encore. J'ai bon espoir que l'actuel ministre des Affaires Etrangères, qui est sensible à ces problèmes, prendra en compte les préoccupations dans ce domaine.
Ou se situent vos ambitions aujourd'hui ? La politique ou les affaires ?
— Pas dans la politique en tout cas. Mon ambition personnelle est de servir mon pays. Je suis actuellement dans une structure initiée par le ministère de l'Industrie et de l'Artisanat. Il s'agit de la SIPA, une société internationale de promotion de l'artisanat. Nous allons amener des artisans et des artistes à Tokyo et à Séoul à l'occasion de la Coupe du Monde de football. Ce sera un moyen de mieux faire connaître le Sénégal.
ENTRETIEN REALISE PAR JEAN PIRES